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SERENDIPITY

Hells bells* : sur Rédemption de Matt Lennox - une lecture critique de Stéphane

1 Avril 2014, 09:00am

Publié par Seren Dipity

Sorti en conditionnelle, Leland King revient dans sa ville natale, dans l'Ontario, après dix-sept ans de prison, pour un crime que personne n'évoque mais dont beaucoup se souviennent. Sa mère est mourante. Lee est revenu pour être auprès d'elle, et pour (tenter de) refaire sa vie. Il ne boit plus. Il a appris le métier de menuisier. Le mari de sa soeur, Barry, un pasteur, lui a trouvé un emploi sur un chantier.

Ca débute comme ça :

"Leland King était de retour en ville. Il n'avait pas encore d'idée sur la question."

Il rencontre Pete, son neveu, né pendant sa détention, de père inconnu ou depuis longtemps banni des mémoires et des conversations. Pete a dix-huit ans, vient de quitter le lycée et ne rêve que de partir, quitter ce trou où le silence, Dieu et la police sont écrasants.

Le retour est lent, laborieux "face une foi religieuse d'une profondeur inattendue." Lee a du mal à trouver sa place dans cette société méfiante, ultrareligieuse, dans cette nature grandiose et presque étouffante par sa démesure.

Son passé le rattrappe : une visite des policiers de la ville, un ancien copain de virée, un adulte resté handicapé. L'alcool, la mort.

"Il était sorti de prison, mais son existence restait sous la coupe de ces hommes avec leurs insignes et leurs armes à feu. Il avait été naïf de croire qu'il pourrait en être autrement."

L'équilibre est fragile. Pour Lee dans son nouvel emploi, dans sa nouvelle relation avec la serveuse du resto, dans ses relations avec les bandits locaux. Pour Stan, l'ancien policier qui avait arrêté Lee et qui, aujourd'hui à la retraite, s'ennuie et enquête sur le suicide d'une jeune femme, un suicide qu'il trouve suspect. Pour Pete, amoureux de la petite amie de son pote, et à la recherche de réponses sur ses origines.

Oui, l'équilibre est fragile. Un rien, et tout peut basculer. Se trouver au mauvais endroit, au mauvais moment.

" ' Tu ne crois pas à l'enfer?

- Bien sûr que si. Je l'ai vu de mes propres yeux. Il est ici, en ce bas monde où les gens eux-mêmes le font vivre aux autres."

Le crime de Lee, on l'apprendra plus tard, fait partie des lourds secrets de cette petite ville. Le mal revêt différentes formes. Le silence, alors et aujourd'hui, n'efface rien; les dégâts et les questions que ce silence laisse dans son sillage grondent même plus que l'orage, près à tout balayer.

"Après cela, on comprend ce que c'est la violence aveugle. On a beau se rendre maître de sa propre existence, il y a quelque chose à l'oeuvre, quelque chose qui sait qu'on est là. Et qui attend son heure pour sortir de l'ombre, le temps de prendre forme et de passer à l'acte avant de disparaître à nouveau."

Les personnages sont fouillés, terriblement vivants - du vieux shérif qui se sent "vieux et inutile" et qui porte beaucoup trop de secrets de cette ville comme on porte un fardeau à Lee qui se berce d'illusion sur une possible rédemption, en passant par Pete et sa soif d'ailleurs; Emily, sa petite amie, fille et petite-fille de shérif, enfermée dans sa vie et son avenir; Donna, la soeur de Lee, sauvée elle-aussi par Barry mais qui semble avoir oublié comment sourire, et bien d'autres, qui tous participent à la force du roman.

Porté par une écriture sobre, directe, à l'économie très efficace, Redemption (The carpenter) explore les thèmes du secret, du non-dit, du poids du silence et de la peur de Dieu et de l'impossibilité d'échapper à son destin. Etre et rester à sa place - ou la trouver - voilà bien le grand danger.

La traduction est assurée par France Camus-Pichon (traducteur habituel de Ian McEwan, entre autre.)

Un premier roman excellent qui, espérons-le, n'est que le début d'un grand écrivain.

A ne pas rater.

Signé Stéphane

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* ACDC, 1981

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