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SERENDIPITY

Please Mr Postman* : sur Mailman de J.Robert Lennon - une lecture de Gaëlig

5 Mars 2014, 09:59am

Publié par Seren Dipity

"Rien de ce qu'on envoie - aucune idée, acun objet- n'a de valeur tant que ce n'est pas arrivé à bon port."**

Aux éditions Monsieur Toussaint Louverture il y a eu (entre autres) Karoo, Le linguiste était presque parfait, Et quelquefois j'ai comme une grande idée, et maintenant Mailman***.

Mailman de J. Robert Lennon, paru en 2001 aux USA, traduit pour la première fois en France ce mois-ci (c'est l'un des rôles des éditions Toussaint Louverture, de traduire en français des livres qui le méritent mais qui n'ont pas encore eu la chance de l'être. Et quelquefois j'ai comme une grande idée date de1964, Karoo de 1998)

Avec Mailman, on se rapproche de Karoo (paru il y a deux ans et qui m'est bien resté en tête... Parce que c'est un chef d'oeuvre.) L'histoire d'un homme, entre comédie et tragédie.

Ce facteur de 58 ans qui, depuis plusieurs annees, s'adonne à une occupation secrète pour le moins spéciale : il ouvre le courrier des autres, le lit, le photocopie avant de le leur rendre le plus naturellement possible. Jusqu'au jour où l'un de ses "clients" se suicide et que Mailman imagine que c'est à cause de lui : il avait gardé une lettre un peu trop longtemps avant de la lui rendre. A partir de là, Albert va glisser, se perdre dans les méandres de sa vie.

C'est perturbant, émouvant, intense et terriblement humain.

Autant Saul Karoo est un homme assez imbuvable qu'on finit par aimer et par trouver attachant, autant Albert Lippincott, dit Mailman, est un homme tellement ordinaire qu'il en est attachant de suite. Seul, fragile, paumé, entrainé comme de force dans sa propre vie, essuyant échecs sur échecs, perdu dans ses pensées, dans ses malaises, victime et coupable à la fois.

Tout est assez sombre, les villes que nous traversons, les personnages que nous rencontrons, les ambiances... Lennon est sans concession quant à son regard sur l'Amérique des débuts 2000. Heureusement, nous rions aussi, de choses absurdes, ridicules ou tout simplement comiques.

Finalement, Mailman est gangréné par le mal de vivre, et surtout par la solitude.

"C'est la grande occupation de toute existence, déplacer les choses sans cesse, car l'univers est rempli de matière qui meurt si elle ne bouge pas. Qui vit tant qu'elle se meut. Et puisque la vie existe, puisque le but de la vie est de continuer à vivre, et puisque l'essence de la vie réside dans le mouvement, alors il faut bouger. Tout est comme le courrier - n'est-ce pas?"****

Nous suivons donc cet homme en pleine crise existentielle, s'emmêler les pinceaux de son existence pour s'y perdre. Qu'est-ce qu'on voudrait l'aider Albert, mais on ne peut que l'accompagner.

Quand on referme la dernière page, on a le sentiment d'être heureux de l'avoir connu et d'avoir appris certaines choses qui, peut-être, nous aideront dans notre propre vie.

C'est encore un grand livre qu'édite là Monsieur Toussaint Louverture.

Je peux dire que les fans de Karoo pourront s'y retrouver.

Et tous les amateurs de Littérature (avec un grand L)*****

Non, non, je n'ai pas encore lu TOUS les livres des éditions Monsieur Toussaint Louverture (il y a notamment Le dernier stade de la soif et A l'épreuve de la soif de F. Exley qui m'attendent dans ma bibliothèque.)

Mais je n'y peux rien, à chaque fois que je termine un livre de cette petite maison d'édition (petite dans sa production et grande dans sa qualité d'édition), je suis sous le charme, complètement envoûtée******. Et le livre en question se retrouve en coup de coeur du mois dans mon rayon Littérature.

Ce mois-ci, c'est Karoo de Steve Tesich qui vient de paraître en édition de poche (Points, jolie édition en plus) et qui est en coup de coeur Poche du mois de février.

Et je dois dire ma surprise (agréable surprise!) de le voir s'en aller dans toutes les mains, tels des petits pains dans la cour de récré!******* Fantastique!

Et dès samedi, Mailman de J. Robert Lennon sera en coup de coeur Roman du mois de mars.

Et si j'avais une affiche "coup de coeur de l'année 2013", je mettrai Et quelque fois j'ai comme une grande idée de Ken Kesey, en dessous...

Et oui, je n'y peux rien, ce sont des chefs d'oeuvre, tous à leur manière, mais ces trois bouquins là, ils sont de ceux qu'on oubliera pas dans notre vie de lecteur (et, accessoirement, de libraire.)********

Le pavé de Ken Kesey, je l'ai lu pendant le mois d'octobre 2013. Quatre mois plus tard et une flopée de livres plus tard (le prix Landerneau et ses 50 bouquins à parcourir/ lire est passé par là), je n'en reviens pas. Il me hante toujours. Je jalouse activement les gens qui sont en train de le lire, de le découvrir et qui, en plus, prennent leur temps. Je pense encore à cette famille de tarés, utra attachants, Hank, Henry, Viv, Lee et Joe Ben... La chienne, les arbres, les oiseaux et même la pluie battante*********.

Et c'est avec un immense plaisir que je continuerai à lire les livres de cette maison d'édition (qui, par ailleurs, soigne ses livres, de la couverture à sa typographie) et à défendre ses chefs d'oeuvre!

Je vous invite d'ailleurs à aller faire un tour par ici: http://www.monsieurtoussaintlouverture.net/boutiquelouverture.html

 

Signé Gaëlig

_____________les interférences suivantes sont de Stéphane_____________

* La version originale pour Gaëlig, celle des Marvelettes - je me garde celle des Beatles...

** "Qu'est-ce qu'un livre qu'on ne lit pas?" demandait Blanchot...

*** Ce trio gagnant constitue la partie immergée de l'iceberg : n'oublions pas quelques français décalés, décapants, décadents comme Julien Campredon et Etienne Deslaumes (ré-édités en Pocket récemment.)

**** Est-ce la vie du libraire et de ses éternels retours dont parle Gaëlig ici?

***** Comme le Yéti, tout le monde sait à quoi il ressemble mais personne n'est sûr de son existence, la Littérature (avec un grand L, donc - ou plutôt avec un grand zèle) reste un sujet de discussions toujours aussi passionnées et passionnantes pour les spectateurs de La Grande Librairie ("ça c'est de la Grande Littérature!" clame Busnel - regardez-donc : même les livres de poche sont Grands dans l'émission!) Encore que je me demande si les spectateurs ne le croient pas, aveuglément (souvenez-vous cette petite phrase d'un libraire qui après 50 ans de loyaux services au monde des éditeurs pouvait conseiller un livre en disant : Allez-y les yeux fermés!)

****** Rappelons que Toussaint Louverture était d'origine béninoise et que le Bénin est la mère patrie du voudou. Difficile de ne pas simplifier en disant que Dominique Bordes (l'homme derrière Monsieur) a marabouté (rien à voir avec les éditions) Gaëlig lors d'une rencontre parisienne où la jeune bretonne était fortement alcolisée...

******* J'ai eu la même réaction, il y a quelques mois, en voyant toutes ces jeunes (et moins jeunes) femmes filer en douce avec pleins de nuances sous des aisselles déjà luisantes de lubricité.

******** Assez bizarrement, mes meilleurs souvenirs de lecteur ne sont pas exactement identiques à mes meilleurs souvenirs de libraire. D'ailleurs peut-on réellement comparer les deux expériences ou quantifier un souvenir?

********* C'est évidemment un mensonge : toutes les personnes qui suivent un peu la météo depuis trois mois savent très bien que la persistance du souvenir de la pluie battante ne doit rien à l'immense Ken Kesey. 

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