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SERENDIPITY

Thunderstruck* : sur Les Passagers de la foudre d'Erik Larson - une lecture critique de Stéphane

18 Février 2014, 14:03pm

Publié par Seren Dipity

Ecrit entre Le Diable dans la ville blanche (2003, ICI) et Dans le Jardin de la bête (2011, ICI), Les Passagers de la foudre (2006) possède les mêmes qualités que ces deux récits. Erik Larson parvient à transformer l'Histoire en roman, sans avoir recours aux personnages fictifs (procédé utilisé régulièrement dans le roman historique) et même à y insuffler la dynamique du roman policier. Je ne sais pas comment il travaille, ce Larson-là, mais il amasse une montagne de documents, d'informations, de biographies et d'anecdotes qui lui permettent de ne jamais avoir de temps mort dans ses récits et de peindre un tableau particulièrement vivant d'une période. 

C'est d'ailleurs l'ambition d'Erik Larson, comme il l'explique dans sa Note aux lecteurs qui ouvre le livre. Et c'est peut-être dans Les Passagers de la foudre que ce tableau est le plus coloré et le plus varié. Car il ne se contente pas du double portrait du docteur Harvey Crippen et de l'inventeur Guglielmo Marconi. Chacune de ces vies a fait l'objet d'autres livres.  L'invention de Marconi, la télégraphie sans fil, a entièrement bouleversé le monde, les notions d'information et d'espace. En faisant reculer les limites de la transmission Marconi a révolutionné les modes de communication. Et en 1910, il a permis l'arrestation du fugitif le plus recherché d'Angleterre, Harvey Crippen, soupçonné d'avoir assassiné son épouse.

Mais la fin du livre (et le début puisque Larson nous donne les éléments du dénouement dès l'ouverture) ne constitue pas le plaisir du livre. Malgré quelques passages un peu techniques, l'acharnement de Marconi a amélioré la qualité et la portée de son appareil, au détriment de sa famille, ses craintes qu'un concurrent aille plus vite, ses paris fous - toute cette course, Erik Larson nous en donne les moindres détails et en fait un récit passionnant, bouillonnant de vie et de l'histoire du début du siècle. Alternant avec le récit de Marconi, le récit de Crippen offre, outre une histoire d'amour à la fois banale et exceptionnelle (avec sa secrétaire, Ethel Le Neve -en photo), encore davantage  d'intérêt : la vie londonienne, sa misère, sa vie quotidienne, les craintes liées à la situation européenne (les ambitions bellicistes de l'Allemagne) et j'en oublie.

Erik Larson décrypte les détails de l'enquête après la disparition de Bell Crippen. La poursuite de Crippen sur les mers fut suivie, à distance, par des millions de personnes, faisant de l'affaire Crippen la plus populaire du début du siècle. Si l'invention de Marconi permit cette arrestation sensationnelle, elle lui rendit bien : elle fit à Marconi une publicité sans précédent pour l'utilité de sa radio. 

"La saga Crippen contribua à faire entrer la radiotélégraphie dans les moeurs plus vite que tout ce qu'avait auparavant tenté la Compagnie Marconi - davantage en tout cas que toutes les lettres réunies de Fleming ou que les démonstrations les plus éclatantes de Marconi. Quasiment chaque jour, pendant plusieurs mois, les journaux parlèrent de la radiotélégraphie, du miracle qu'elle représentait, donnant tous les détails pratiques, expliquant comment les navires en se transmettant les messages pouvaient faire parvenir un marconigramme n'importe où dans le monde. Tous ceux qui 'étaient montrés sceptiques avant cette course-poursuite cessèrent brusquement de l'être."

Cette publicité ne fut dépassée qu'en 1912, lors du naufrage du Titanic (c'est le Ministre des Postes qui parle) :

"Ceux qui ont été sauvés l'ont été grâce à un seul homme, M. Marconi... et sa magnifique invention."

Quand le Titanic percuta un iceberg, l'opérateur de la radiotélégraphie, un employé de Marconi a eu le temps d'envoyer un message. Marconi et son épouse devaient d'ailleurs être à bord du paquebot... mais avaient annulé.

Bref, une "histoire d'amour, de meurtre et d'invention" palpitante, jusqu'au bout.

La traduction de Thunderstruck est parfaitement assurée par Marc Amfreville (traducteur des espaces américains -Thomas McGuane, Rick Bass, Faulkner, Bruce Machart- et de quelques anglais, DH Lawrence et Lodge.)

Signé Stéphane

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* Facile : c'est le titre original! Et c'est aussi un titre d'AC/DC, avec une sacrée intro, ICI !

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