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SERENDIPITY

Running on empty* : sur L’homme qui avait soif d'Hubert Mingarelli - une lecture critique de Cornélia

12 Février 2014, 19:27pm

Publié par Seren Dipity

L’homme qui avait soif, c’est le récit d’un voyage, le voyage d’un homme qui revient de loin et qui se dirige vers un avenir incertain, le récit d’une quête, celle d’un bagage abandonné au bord d’un train, celle d’un œuf de jade qui contient toute la promesse d’une nouvelle vie aux côtés d’une lointaine fiancée ; c’est surtout la quête de rédemption du jeune Hisao qui cache aux yeux du monde le gouffre béant de souffrances qu’il porte en lui. Au fil de subtils retours en arrière, le lecteur pénètre au cœur des traumatismes de ce vétéran japonais de la seconde guerre mondiale qui dissimule tous les matins les traces des larmes versées la nuit sous l’atroce poids des cauchemars et qui perd tout contrôle de lui-même sous l’effet de la soif.

A travers une apparente simplicité stylistique et une narration fluide, sobre qui paraît couler de source mais qui est en fait maîtrisée jusque dans les moindres détails, Mingarelli aboutit à un court roman dense, bouleversant d’intimité et saisissant d’universalité. Les personnages, morts ou vivants, atteignent une incroyable présence, seuls, ils font face à leurs destins respectifs, d’où l’immense portée humaine de chaque geste, chaque parole adressée à l’autre.

Les rencontres émouvantes de Hisao qui émaillent son périple comme autant de perles sur un collier donnent lieu à des images d’une intensité incroyable, les échanges du jeune homme avec sa logeuse autour du thé du matin (« Où vont les âmes, Madame Taïmaki ? » lui demande-t-il avant son départ), les chansons de son ami Takeshi dans l’obscurité de la montagne, le poisson partagé avec des sans-abri autour d’un feu sur la plage, l’échange avec un vieillard qui ne trouve pas le courage d’achever son chien mourant, et surtout aussi le face-à-face déchirant avec la jeune femme chargée du nettoyage des wagons au terminus.

Humble devant l’immense souffrance de ses protagonistes, Mingarelli réussit à faire naître des étincelles d’humanité dans les sombres entrailles de la montagne creusée par les soldats nippons à l’approche de l’armée ennemie, nous fait sentir la chaleur de l’amitié au milieu des atrocités de la guerre et entrevoir une lueur d’espoir dans la rencontre de parfaits inconnus, compagnons d’infortune dans un pays ravagé par la défaite.

La sobriété et l’absence absolue de pathos renforcent la luminosité et la poésie de ce texte.

Hubert Mingarelli signe là un des textes marquants de cette « petite » rentrée littéraire de début d’année, à lire absolument.

Signé Cornélia (membre du jury du Prix Landerneau)

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* ICI.

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jean marc 14/02/2014 11:20

Ton article est une perfection, cornelia. Tout y est dit. Merci.