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SERENDIPITY

Your own worst enemy* : sur Le Gardien de Peter Terrin - une lecture critique de Stéphane

9 Novembre 2013, 14:25pm

Publié par Seren Dipity

La dystopie est un genre à part. Un sous-genre dit-on, bien que les dystopies soient souvent élevées au rang de Classiques de la Littérature (notez les majuscules qui relèvent du canon) - par ex. Gulliver, 1984, Fahrenheit 451, Le Meilleur des mondes, etc- et soient souvent publiées chez des éditeurs plus académiques que les éditeurs spécialisés dans la SF -récemment Céline Curiol et Permission, Ruffin et son Globalia, Margaret Atwood et sa Servante écarlate**,  Hugh Howey et son Silo***, ou encore en jeunesse, ou le phénomène semble exploser, par ex. Hunger Games ou l'excellent Divergent. Bref le monde de demain (la dystopie est souvent liée à l'anticipation) est dans leurs mains...

D'où vient cet intérêt pour ces visions parfois cauchemardesques d'une réalité potentielle? Je laisse la question ouverte.

Le Gardien (De Bewaker, traduit du néerlandais par Anne-Lucie Voorhoeve) de Peter Terrin a eu un gros succès, non seulement dans son pays mais également à l'étranger (douze traductions).

Ca débute comme ça :

"- On n'a droit à aucun raté.

Le ravitaillement rend Harry nerveux. Il étale le plan du sous-sol sur la petite table, bien que nous soyons capables de nous orienter les yeux fermés : cent vingt places de parking, réparties sur quarante garages sécurisés, un par appartement de luxe de mille mètres carrés chacun."

La scène est installée. Le parking d'un immeuble de luxe. Deux hommes, Harry et Michel, sont en mission de surveillance et de sécurité. Ils travaillent pour une organisation, aveugle et invisible, "l'organisation". De cette organisation, nous ne savons pas grand chose. Pas plus que les deux vigiles. La menace extérieure est confuse, latente; ce qui s'est passé avant demeure également un mystère. Leur surveillance, déjà bien étrange, prend un nouveau tour d'écrou, comme dirait James, lorsque l'immeuble se vide de tous ses riches occupants, sauf un résident, et que les deux hommes sont rejoints par un Gardien, envoyé par l'organisation...

Difficile d'évoquer cette surprenante lecture! La tension est permanente, alors qu'aucun danger réel ne semble pertuber les longues vigies de ces deux hommes. Devant l'absurdité et l'inanité de leur surveillance, les scénarios se multiplient, les peurs aussi. Les sens exacerbés du narrateur est une torture pour le lecteur! Mais une torture positive qui nous met sur la voie d'une surveillance à porter à l'écriture.

"Harry et moi en avons miraculeusement réchappé. Par je ne sais quel coup de chance, cet espace fermé dans lequel nous nous trouvons nous a sauvés d'une mort pénible. Ou serions-nous tout bêtement résistants? L'organisation était prête à nous sacrifier pour présever l'immeuble de pillages massifs, mais les pillards ne se sont pas présentés, de peur d'y laisser leur peau. Les habitants de la ville, au-delà du cordon sanitaire, ignorent que nous vivons dans ce sous-sol. Le résident resté dans l'immeuble gît quelque part dans un couloir de son appartement, sur un tapis d'Orient à points noués. Couché négligemment, tel un mouchoir égaré."

A découvrir.

Signé Stéphane.

La présentation de Gallimard, c'est LA ! Pour feuilleter les premières pages, c'est LA !

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* Toujours notre petit jeu : trouver un titre de Springsteen pour chaque papier de la rentrée!

ICI !

** Souvenir du  Capes de 97, à lire absolument, en Pavillon Poche.

** Dont on reparlera très bientôt - en cours d'écoute, en audiobook.

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