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SERENDIPITY

Thundercrack* : sur Le Fémur de Rimbaud de Franz Bartelt - une lecture de Stéphane

10 Octobre 2013, 13:57pm

Publié par Seren Dipity

Franz Bartelt, la brocante, ça le connait. Il bricole les mots depuis toujours! Avec, il créé des univers un peu foutraques, joyeusement subversifs, parfois légèrement érotiques, criminellement fantaisistes. De la Fiction avec un grand F, quand d'autres se contentent de se triturer le nombril, avec un petit n.

Avec Majésu Monroe, il tient un personnage en or, à son image : du bagout, du charme, des talents de créateurs d'univers incroyables. Avec Majésu Monroe, la brocante prend des allures de storytelling  fabuleux. Comme il le dit "Tout l'art de la brocante consiste à trouver la fable la mieux adaptée à l'objet qu'on expose."

Ca débute formidablement bien, comme ça (Majésu le sait et le rappelle : "On a beau dire, mais c'est toujours un bon début de commencer par le commencement.") :

"Autant jouer cartes sur table : je ne suis pas n'importe qui. Je ne l'ai jamais été. Solitaire, mais sociable. Taciturne, mais beau parleur. Intelligent, mais sans prétention. Plutôt beau garçon, n'ayons pas peur de la vérité, mais dénué de la vanité des bellâtres."

Majésu le dit, "Le boniment est ma seule richesse.", et c'est grâce à ce talent de storyteller qu'il séduit, un jour, Noème, à qui il parvient à vendre une bague qui aurait appartenue à la soeur de Raspoutine... C'est le début d'une folle passion avec cette femme qui se révèle être la seule héritière d'une riche famille de bourgeois sans scrupules. Une famille honteuse qu'elle a reniée, par conviction. Son passé de communiste extrémiste trouve un écho chez Majésu qui prétend avoir dézingué un notaire. C'est d'ailleurs avec ce détail de son CV qu'il l'emballe, le Majésu!

Les communistes?! Parlons-en!

"On scandait des conneries auxquelles personne ne croyait, à part moi. Ils avaient de la gueule, pas plus. Au bout d'un an, j'ai compris que même les plus méchants n'avaient pas du tout l'intention de pendre les nantis. Moi j'avais rêvé d'arracher les yeux à des patrons, d'écouiller les évêques, de faire violer les rentières par des chiens de gauche. C'est le programme que les communistes font miroiter pour que le naïf prenne sa carte et casque sa cotise mensuelle. Mais une fois qu'on est dedans, camarade, attention, faut pas débiner les gros actionnaires, pas toucher un cheveu des magnats, même pas contester la propriété privée."

La suite de cette rencontre placée sous le signe d'une passion torride ("La suite se passe de commentaires. Sans me vanter, j'y fus brillant. Il n'y a pas que les draps qui s'en souviennent.") et de la haine du bourgeois, au grand dam des parents ( "C'est dur pour une mère de devoir passer après Staline dans le coeur de sa fille."), cette suite sera pleine de rebondissements aux fondements idéologiques et crapuleux (un mariage, des promesses de meurtres, des vols) avec toujours cette galerie de personnages dont Bartelt semble avoir le secret, et surtout, surtout, ces jeux hilarants avec la langue, réinventant sans cesse le plaisir de la malmener.

"Sous la menace d'une arme, le plus tordu des flics a une vision rectiligne de l'avenir. Il obéit au doigt et à l'oeil. Au doigt sur la gâchette et à l'oeil qui vise."

Si vous n'avez jamais goûté à Franz Bartelt, c'est le moment de croquer.

Du même Bartelt, vient également de sortir, La Bonne a tout fait, dans la série du Poulpe, aux éditions Baleine. Bartelt et le Poulpe, quoi de plus normal?

Signé Stéphane

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* ICI.

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