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SERENDIPITY

The queen of the supermarket* : sur Manuel de survie à l’usage des incapables de Thomas Gunzig - une lecture de Jérémy

12 Octobre 2013, 10:45am

Publié par Seren Dipity

Jean-Jean est un personnage des plus banal. Agent de sécurité dans un hypermarché parce qu’il n’a pas réussi ses concours pour gagner une centaine d’euros de plus, comme les mecs des ressources humaines.
L’hypermarché vit dans une parfaite harmonie jusqu’au jour où, une aimable hôtesse de caisse, Matine Laverdure, baisse de cadence, un licenciement s’impose. Le soucis c’est qu’elle est syndiquée. Il va falloir la jouer fine. On enquête, on trouve qu’elle a une relation avec un autre employé et une simple bise va pouvoir entrainer ce licenciement qui va très très mal tourner.
Maiiiiiiiiiiiis la caissière a eu quatre enfants qui sont de vrais délinquants, brun, blanc, gris (ce qui n’est pas sans rappeler le nom des secteurs d’hypermarché) et noir. Et ils ne vont pas apprécier le sort de leur mère.
L’originalité est au rendez-vous, le monde est façonné de copyrights, d’investisseurs, de normalité. Aucune liberté n’est donnée. Tout le monde suit son chemin. Des croisements sont faits sur les êtres humains. Ainsi on apprend que les quatre frères sont en fait un croisement entre Homme et loup, que la femme du héros a du sang de mamba vert, entre autre.
L’Homme est devenu lui même un produit de consommation et en vient à penser aux produits d’hygiène corporelle vus à la télévision avant de se faire violer.
Les situations sont plus drôles et aberrantes les une que les autres. L’humour noir est omniprésent. Un des personnages venant d’apprendre un décès et qui est elle même dans une situation dangereuse ne pense qu’à l’administration :
« Elle se demanda quel genre de papiers elle allait devoir remplir pour les questions d’héritage et d’assurance-vie… Ça allait certainement être pas mal de temps perdu entre la banque et les notaires, elle allait devoir demander des jours de congé… À moins qu’il n’y ait une législation pour les cas de décès dans la famille… Il lui semblait bien que oui… Mais il faudrait qu’elle demande ça au DRH et même si la réponse était positive, ça serait quand même mal vu par le directeur, qui comptait sur elle pour présenter les nouveaux produits…»
Un roman rythmé, on ne s’ennuie pas une seule page, drôle, qui fait réfléchir sur la société de consommation et sur le fonctionnement des grandes surfaces alimentaires.
La fin est tout de même inattendue et vous fera rire à coup sur!
« Eh bien oui, moi ? Moi j’ai un travail, une position, un statut, des responsabilités, des collègues qui comptent sur moi, une entreprise qui a des projets et des investissements en cours et un contrat à durée indéterminée. J’ai bossé comme une dingue, moi, j’ai mis au point des stratégies qu’on va mettre en oeuvre dans les semaines qui viennent, vous avez déjà entendu parler du bake-off, le rayon boulangerie dans les grandes surfaces ? C’est ma spécialité, j’ai plein d’idées pour développer le cross selling et faire exploser les
ventes. Je suis une machine de guerre, je vaux du fric. »

Signé Jérémy

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* ICI. Le titre de Jérémy était Bullshit jobs mais l'occasion d'utiliser ce beau titre était trop belle!

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